Je pourrais dire que je me suis fait tout seul.
by Aslam Bakkali Jun 05 2026
Ce serait flatteur. Ce serait valorisant. Ce serait aussi complètement faux.
Si un jour je devais publier sur LinkedIn une promotion, une certification, une acquisition ou une quelconque réussite professionnelle accompagnée d'une photo où je regarde l'horizon d'un air inspiré, j'espère avoir la lucidité de me souvenir d'une chose essentielle : je ne me suis pas construit seul.
Bien sûr, j'aimerais pouvoir attribuer tout cela à mon travail, ma discipline, ma persévérance et à ces réveils matinaux dont les gourous du développement personnel semblent si friands.
Et soyons honnêtes : le travail compte. L'effort compte. La persévérance compte énormément. Mais ce n'est jamais toute l'histoire.
Avant même mon premier emploi, il y avait déjà toute une équipe qui travaillait dans l'ombre.
Des parents qui ont éduqué, encouragé, soutenu ou simplement montré l'exemple. Des enseignants qui ont transmis des connaissances et parfois quelque chose d'encore plus précieux : la confiance nécessaire pour essayer.
Puis sont arrivées les rencontres professionnelles. Les collègues qui ont partagé leur expérience. Les clients qui ont accordé leur confiance. Les managers qui ont donné une chance. Les partenaires qui ont ouvert des portes.
Et même quelques personnes plus compliquées à apprécier sur le moment. Vous savez, celles qui vous font rentrer chez vous en vous demandant si vous êtes entouré d'adultes ou de personnages écrits par un scénariste particulièrement inspiré. Avec le recul, beaucoup de ces personnes m'ont finalement appris autant que les autres. Parfois davantage.
Les années passant, je réalise aussi à quel point nous surestimons notre contrôle sur les événements. Nous racontons volontiers nos décisions stratégiques, notre vision, notre courage entrepreneurial.
Nous parlons beaucoup moins du hasard d'une rencontre, du coup de téléphone arrivé au bon moment, du contexte économique favorable, du pays dans lequel nous sommes nés, de notre santé ou simplement de la chance discrète qui nous a accompagnés sur une partie du chemin.
Pourtant, ces éléments comptent souvent davantage que nous aimons l'admettre. Et surtout, nous oublions parfois que tout le monde ne démarre pas la course depuis la même ligne de départ.
J'ai bénéficié de certaines conditions favorables. D'autres ont dû franchir des obstacles que je n'ai jamais rencontrés. Certains ont grandi dans des environnements difficiles.
D'autres ont dû composer avec des contraintes familiales, financières, sociales ou de santé qui rendent chaque avancée infiniment plus coûteuse.
Cela ne retire rien à la valeur du travail. Cela ne retire rien à l'effort. Mais cela devrait nous rendre un peu plus humbles lorsque nous expliquons nos succès.
Le mérite existe. La volonté existe. La persévérance existe. Mais la réussite ressemble rarement à une aventure solitaire.
Elle est plutôt le résultat d'une multitude de contributions visibles et invisibles, de coups de pouce, d'encouragements, de circonstances favorables et parfois même de quelques portes qui se sont ouvertes sans que nous sachions vraiment pourquoi.
Alors si un jour j'ai quelque chose à célébrer publiquement, j'aimerais surtout me souvenir de toutes celles et ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à ce résultat.
Et garder à l'esprit qu'à talent égal et à travail égal, les opportunités ne sont pas toujours distribuées avec la même générosité.
Non pas pour minimiser mon parcours mais parce que reconnaître ce que l'on doit aux autres, et la part de chance qui accompagne toute réussite, est peut-être l'une des formes les plus élégantes d'humilité.
Et accessoirement, cela évite de croire que l'univers entier s'est organisé uniquement pour nous permettre d'obtenir notre dernière certification LinkedIn.